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La main paralysée de Schumann, le drame d’une vie

La main paralysée de Robert Schumann a posé beaucoup de questions. Ce compositeur et critique musical allemand pensait réellement devenir un pianiste virtuose. Il est considéré comme l’un des plus importants compositeurs de l’ère romantique, son œuvre de piano la plus connue est sans doute le Carnaval op.9. Ici, nous n’allons pas nous intéresser au compositeur romantique et torturé qu’il a été, mais plutôt à sa carrière de pianiste avortée. Et plus spécifiquement, nous allons nous pencher sur sa maladie de main qui l’a empêché de devenir un excellent interprète. Tu verras que dans cet article, nous nous focaliserons spécifiquement sur le rôle joué par un instrument, à la limite de la torture, que Robert Schumann aurait longuement utiliser pour améliorer sa dextérité pianistique.

main paralysée de Schumann

 

L’apprentissage tardif de la musique par Robert Schumann

Robert Schumann n’est pas comme Mozart,  un enfant prodige du piano. Il est plutôt un enfant prodige de la composition à choisir. Encore que, tu verras que le jeune Robert est surtout tiraillé entre plusieurs passions, avec une adolescence compliquée. Si bien qu’il ne choisira que tardivement ( trop tardivement ? ) … de se consacrer au piano. 

Enfance perturbée de Robert Schumann

Schumann est né le 8 juin 1810 à Zwickau. Son père, August Schumann, était libraire. Schumann est le seul des enfants du couple à survivre à l’enfance. Sa soeur se suicide en 1826 et son père meurt quelques semaines plus tard. Tu peux donc facilement en déduire que Robert Schumann, qui a 16 ans à l’époque, était un adolescent un peu perturbé. Il est né dans un milieu social très correct, qui l’a poussé vers l’écriture. Mais ce double drame a vraiment impacté le reste de sa vie. 

Quand il était jeune, Robert Schumann versait déjà dans la composition. Le musée de Zwickau qui rassemble une partie de son histoire a retrouvé ce que l’on suppose être la première partition qu’il a écrite, à l’âge de 12 ans environ. Toujours est-il qu’avec un père libraire, Robert a toujours hésité entre plusieurs disciplines, la composition musicale d’un côté, la littérature de l’autre. 

Il opte finalement pour des études de droit en 1828, dans l’université de Leipzig. Mais, il décide en parallèle de suivre des cours de musique avec un professeur très connu à l’époque, un certain Friedrich Weick. 

Le séjour chez son maître Friedrich Wieck

Selon les sources dont nous disposons aujourd’hui, Friedrich Wieck aurait dit à Schumann qu’il pourrait devenir le plus grand pianiste de toute l’Europe s’il essayait assez fort et n’abandonnait jamais. ( Probablement qu’il montrait déjà une sensibilité musicale hors du commun.) Mais pour que cela se produise, Schumann devrait s’engager dans l’étude rigoureuse de la théorie musicale et la maîtrise des bases de la technique de piano.

Assoiffé de connaissances, Schumann ne tient pas en place et ne reste pas uniquement l’élève de Wieck. En 1829, il entreprend un voyage en Suisse et en Italie, durant lequel il découvre notamment la Scala de Milan, et les prestigieux opéras qui s’y déroulent. 

Wieck aurait carémment dit à Christiane Schumann, la mère de Robert, qu’il fera, en quelques années seulement, de son fils « un des plus grands pianistes vivants en trois ans, plus spirituel et chaleureux que Hummel, plus grandiose que Moscheles », et le jeune homme s’installe chez son professeur. Il travaille très dur car la concurrence est rude. En effet, Friedrich Wieck a de nombreux élèves, à commencer par sa fille à qui il offre le plus d’attention : Clara. Cette dernière n’est qu’une enfant lorsqu’elle rencontre Robert Schumann, mais déjà une brillante musicienne en devenir. 

Robert Schumann tiraillé entre ses passions : le piano et la composition

Avec le portrait de Schumann que je viens de brosser, tu comprends bien qu’il y a un décalage entre le pianiste qu’il projette de devenir : un des plus brillants d’Europe, et sa « nonchalance » ou plutôt curiosité qui le pousse à voyager. Par ailleurs, il est tiraillé entre l’exercice du piano et la composition qui restent deux disciplines proches mais très différentes. Enfin, il a beaucoup d’affection pour la jeune Clara Wieck (fille de son professeur et encore une enfant), qui deviendra ultérieurement son premier véritable amour, et qui excelle déjà au piano.

Dans un tel contexte, tu comprends aisément que Robert Schumann ait choisi de travailler plus que de raison et forcer son corps afin d’obtenir des résultats destinés à améliorer artificiellement ses facultés pianistiques.

La main paralysée de Robert Schumann

Robert Schumann n’a jamais pu embrassé la carrière de pianiste autant qu’il l’aurait voulu. En cause, une paralysie de la main qui s’explique par plusieurs hypothèses, invérifiées à cause du manque de connaissances médicales de l’époque. A toi de te faire ta propre opinion sur le cas de Robert Schumann.

La boîte à doigts serait à l’origine de la main paralysée de Schumann

Quelle est la nature de la « paralysie » de Schumann ?  Le compositeur lui-même a suggéré qu’elle était produite par un appareil qu’il avait créé pour améliorer la coordination entre ses doigts. Cette machine semblait forcer artificiellement la dissociation des articulations des 3 ème et 4 ème doigts, c’est à dire du majeur et de l’annulaire qui sont normalement physiologiquement liées…  (Schumann y fait référence sous le nom de Cigarrenmechanik)

Schumann, impatient de ses progrès ou simplement déterminé à être le meilleur, a conçu un mécanisme de renforcement des doigts, à la limite de l’engin de torture. La machine replierait un doigt et le maintiendrait en place, tout en permettant à l’utilisateur d’exercer les autres doigts.

Malheureusement les dispositifs de renforcement des doigts n’étaient pas rares dans les années 1830, et plusieurs d’entre eux étaient disponibles pour un usage domestique.  Schumann a fini par paralyser ses doigts dans l’espoir de les rendre plus forts.

On sait aussi que Robert Schumann souffrait de tendinites, qu’il soignait avec des bains et des compresses avant de passer à l’homéopathie. Ce qui semble déjà confirmer sa nature à forcer son corps dans son travail.

Schumann ne jouera plus jamais du piano comme pianiste interprète, à cause de cette paralysie partielle. 

La main paralysée de Schumann pourrait avoir comme autre cause la Syphilis

Néanmoins, une autre théorie vient remettre en cause le seul rôle de la boîte à doigts dans cette paralysie. En effet, cette seconde hypothèse attribue la paralysie progressive des doigts de Schumann à une maladie vénérienne (elles étaient courantes à l’époque).C’est une terrible maladie qui, au 19ème siècle, aurait été traitée avec du mercure, qui est toxique. Et l’un des symptômes de l’empoisonnement au mercure est une paralysie qui commence dans les muscles des doigts et remonte jusqu’à l’avant-bras. Si tel était le cas, Schumann n’aurait peut-être pas cherché à renforcer ses doigts sur des attentes à courte vue pour aller mieux, plus rapidement; mais parce que la force de ces doigts avait déjà commencé à disparaître.

La vérité est probablement une combinaison de ces deux facteurs. Peut-être qu’il y avait un terrain propice, mais en s’intéressant au caractère ainsi qu’à ce qui est relaté dans la correspondance du jeune Robert Schumann, on peut facilement imaginer ce jeune homme passionné, ressentant la musique profondément dans son coeur et dans ses tripes, et n’ayant pas de moyens techniques suffisants pour l’exprimer au piano, se lancer éperdument dans l’utilisation de cette machine fatale qui lui contera sa main et sa carrière. 

Des engins de torture couramment utilisés

Malheureusement l’utilisation de ces machines étaient à cette époque extrêmement courante. L’émergence de grands virtuoses du piano qui étaient les » Dieux Vivants », les « Stars Incontournables » de cette période donne malheureusement à beaucoup de mauvaises idées et un chemin bien erroné à prendre pour leur ressembler. Et l’apparition de ces machines donne un aperçu assez cru des méthodes de développement de la dextérité de l’époque. 

Lorsque que l’on souhaitait développer l’agilité de ses doigts pour devenir meilleur pianiste, il semblait normal de se torturer. Or, même si cet appareil n’est plus utilisé aujourd’hui, il l’a néanmoins longtemps été au XIXème siècle, même au cours du vingtième siècle. (LIRE AUSSI Devenir un Virtuose du piano à tout prix au XIXème siècle )

Et j’irai plus loin en te disant qu’on arrive aussi à se torturer au piano sans machines de torture: par soi-même en travaillant de façon forcée, mécanique, rigide et en se créant, soi-même, des blocages, tendinites ou autres maux…

En théorie cela parait totalement inconcevable d’en arriver à se torturer pour améliorer sa pratique du piano. Il s’agit d’un instrument de musique et d’un art. Il s’agit de « jouer » et de se faire plaisir.

Mais souviens-toi le jeune adolescent Schumann passionné et amoureux de la musique.

Cela part toujours d’une intention de bien faire ! De vouloir exprimer plus ! Plus beau ! Musicale ! Au plus proche de ce que le compositeur a écrit.  Alors, quand on possède ce type de caractère, c’est très compliqué d’être « raisonnable  » … aussi si c’est ton cas, je t’invite ardemment à rester à l’écoute de ton corps et de tes sensations. Les progrès doivent se faire dans la souplesse, l’harmonie et le temps.

 

Quelque soit ton objectif, ça ne mérite jamais de menacer ton intégrité physique pour améliorer tes performances. 

Ecoute ton corps ! Ne travaille pas dans la douleur physique ! Recherche toujours une forme de confort et de bien-être ! Et n’oublie pas ce proverbe italien qui fait partie de mes préférés :

« Chi va piano, va sano… e chi va sano, va lontano…  » Qui va lentement, va sainement… qui va sainement, va loin… 

Alors pour jouer du piano c’est « piano piano »… (lentement, tranquillement, patiemment… )

 

Conclusion : Toujours travailler sa technique piano dans le respect du corps existant et de la physiologie.

Le cas de Schumann met donc en lumière des pratiques courantes au XIX ème siècle. De nombreux élèves étaient prêts à souffrir pour devenir meilleurs pianistes. Alors, même si ce genre d’engins n’existe plus, retiens bien une chose: respecte ton corps lorsque tu joues. Essaie de mieux le connaitre ! Améliore ta pratique du piano en t’exerçant toujours dans la souplesse et en quête de confort. Mais ne t’adonnes jamais à de telles tortures ! Elles peuvent exister sous des formes légèrement différentes, sans machines infernales, mais avec un objectif similaire.

 

🌸❤️❤️❤️ Pour aller plus loin et pour le plaisir de lire et se réjouir…

Si tu es comme moi, toujours sensible aux histoires romantiques, je te conseille en lecture, ce petit bijou d’amour et de tendresse: la correspondance entre Robert et Clara Schumann. Ces deux là se sont vus séparés par le père de Clara pendant de nombreuses années avant qu’ils puissent finalement s’unir pour la vie. Un bijou je te dis… Lettres d’amour de Robert et Clara Schumann

Robert et Clara Schumman

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Marilou Nézeys

Marilou Nézeys

Pianiste résidente des Hôtels George V(Four Seasons Paris), Ritz Paris, Hôtel Bristol, Marilou Nézeys se produit également dans les festivals français et européens en soliste ou en groupe. Titulaire entre autre du Diplôme d'Etat, elle enseigne plus de 15 ans en conservatoire le piano et la musique de chambre et partage maintenant le fruit de son expérience sur ce blog...

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Commentaire(s)

5 réflexions sur “La main paralysée de Schumann, le drame d’une vie”

  1. Quelle vie dramatique. Merci Marilou de nous avoir fait rencontré l’homme alors que nous connaissons généralement que l’artiste. Ce sont des portraits très inspirants

  2. Oh c’est passionnant cette histoire de paralysie des doigts et de boite à torture pour devenir meilleur pianiste! Il y a aussi la dystonie focale des doigts du musicien qui peut causer la perte du contrôle moteur et des tremblements, mais uniquement lorsque le musicien joue. Cela s’appelle également la crampe de l’écrivain…pour les écrivains sur papier! Merci pour cette histoire de la vie de Schumann.

  3. Excellent article qui met bien en lumière le respect du corps. Celui-ci est le premier instrument du musicien, il faut d’autant plus en prendre soin. Heureusement que les moeurs ont évoluées 🙂

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