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Devenir un virtuose du piano à tout prix au XIX siècle

Comme tu le sais, le piano est un instrument de musique qui a apporté une sacrée révolution dans le paysage culturel mondial lors de sa conception au XVIII ème siècle. En effet, le son de cet instrument est modulable, ce qui permet aux musiciens qui en jouent, de varier l’intensité sonore et les nuances, à l’infini. Ce nouvel instrument a véritablement été popularisé au XIX ème siècle comme nous allons le voir ci-dessous. Mais, bien malheureusement, cet engouement s’est accompagné de l’invention de machines infernales, destinées à augmenter la dextérité des nouveaux pratiquants. Et pas toujours pour le meilleur …

I – Le développement de la pratique du piano au XIX siècle

Le début du XIX ème siècle constitue l’avènement du piano en tant qu’instrument de musique. Comme évoqué, le  piano moderne tel que nous le connaissons est tout à fait récent. Il y a un réel engouement pour ce nouvel instrument de musique qui permet d’importantes variations, et dont la maîtrise apparaît au XIX ème siècle comme le summum du raffinement intellectuel.

Le piano est un instrument polyvalent

Il faut dire aussi qu’à cette époque, il y a une brochette de compositeurs d’exceptions, qui conçoivent des morceaux magiques, qui transportent l’auditoire à chaque interprétation. Le piano, grâce à ses variations importantes est à lui seul un véhicule de transmission des oeuvres. En effet, avec cet instrument polyvalent, le nombre d’orchestres se réduit considérablement dans les salons. Le piano est utilisé à-tout-va pour faire entendre les nouvelles compositions orchestrales. C’est avant tout une question pécuniaire !

Le romantisme a contribué à l’essor du piano

Le succès du piano est également dû à l’image véhiculée par le pianiste. Durant la première moitié du XIX ème siècle, le romantisme est le courant artistique dominant. L’artiste torturé qui exprime une parole individuelle devient un nouveau modèle. Le « moi » qui exprime ses sentiments les plus intimes s’oppose en tous points aux anciennes valeurs du classicisme, traditionnellement destiné à transmettre les messages et les émotions de la nature.

Les pianistes  » Super Star  » ont popularisé cette pratique

À cette époque, on constate l’apparition de pianistes qui deviennent rapidement des stars de la discipline. On pourrait comparer l’engouement à l’époque pour des artistes comme Franz Liszt à celui qui existait au moment de l’apogée des Beatles. Cette comparaison reste toutefois limitée : à l’époque il n’y avait encore ni mondialisation, ni concerts de milliers de personnes. Mais c’est un nouvel état d’esprit.

Les récitals de piano avaient lieu dans des salons mondains, mais ils sont devenus, notamment grâce à des virtuoses comme Liszt, de véritables show.

 

 

Portrait de Franz Liszt

II – L’image de ces pianistes stars crée des envieux

Devant ces superstars du récital de piano, les aspirants pianistes se demandent comment devenir elle-mêmes des « super stars » du piano.

Et une idée va se répandre: celle que le pianiste virtuose n’est qu’un sportif de haut niveau qui doit juste développer sa puissance et son agilité à tout prix pour pouvoir briller en public… Mais malheureusement, derrière cette idée, il y a la croyance que la pratique du piano est seulement un acte mécanique, presque automatique.

Du coup, un certain nombre d’inventeurs et de marchands vont se mettre à concevoir et construire des machines devant permettre de développer ses qualités magiques sans exercice de l’instrument. En effet, avec des machines spécifiques, on pourrait décupler l’agilité ou la force des doigts, voire leur rapidité, sans s’entraîner sur un clavier. Malheureusement il ne s’agit là que des croyances, qui n’ont jamais concrètement montrées de résultats.

Mais, au XIX ème siècle, en plein essor de la pratique du piano, ces machines de torture ont bel et bien été inventées, et ont causées beaucoup de dégâts.

III – Exemples de machines de torture au piano

Pour accompagner le développement de la pratique pianistique, ces inventeurs de ces instruments de torture vantèrent les mérites de ces machines sordides aux apprentis pianistes. Beaucoup de ces machines, provoquèrent de graves blessures qui handicaperaient ces artistes en devenir… à vie. On n’avait alors aucun recul sur la question, et les fabricants faisaient miroiter à tous ceux qui utiliseraient ces instruments barbares, l’espoir d’être acclamé dans les salons pour leurs performances pianistiques. Schumann reste le plus célèbre exemple des victimes de ces engins détestables. ( Lire l’article : La Main de Robert Schumann, le drame d’une vie )

Mais passons en revue quelques-unes des pires inventions de l’époque.

Le chirogymnaste de Casimir Martin

L’un des plus beaux exemples du genre est la chirogymnaste de Casimir Martin (1840), qui a imaginé de placer sur un plateau en bois 9 minuscules instruments de gymnastique pouvant être utilisés pour réaliser toutes sortes d’activités avec les doigts de la main. Les extensions de doigts, les écartements, le renforcement de l’annulaire, l’égalité et la rapidité du toucher sont autant de qualités que Casimir Martin prétend développer au service des pianistes avec ce qui s’avère être: un instrument de torture. Par exemple, Martin peut ordonner, à la manière d’un médecin, des exercices d’échauffement chaque matin et chaque soir pendant au moins cinq minutes sur chaque appareil qui compose le chirogymnaste.

Le dactylion de Monsieur Henri Herz

Vient ensuite le dactylion, qui se présente sous la forme d’un petit instrument à ressort. Il a été inventé par Monsieur Henri Herz. Théoriquement, cet outil de torture pour pianistes a été décrit comme visant à donner plus d’extension à la main et à fortifier les doigts.

Dans le dictionnaire de Musique des frères Léon et Marie Escudier, paru en 1872, le dactylion est décrit comme ceci : « Instrument à ressort inventé par M. Henri Herz qui sert à donner plus d’extension à la main, à délier et à fortifier les doigts, à les rendre indépendants les uns des autres, à donner enfin au jeu, cette égalité sans laquelle il n’y a pas de belle exécution sur le piano. L’expérience démontre merveilleusement qu’une heure de leçon par jour avec le dactylion suffit pour améliorer rapidement les progrès des élèves, et contribuer d’une manière sensible à la facilité du jeu chez les artistes eux-mêmes ».

Il est évident aujourd’hui que ces explications sont purement grotesques. En effet, le dactylion ne pouvait que causer de graves troubles des mains.

dictionnaire-musique-freres-escudier

Le Sténochire de Monsieur Guérin

A l’époque, un autre instrument très en vogue est le sténochire. Celui-ci est plus imposant et plus grand que les deux que nous avons présentés plus haut. Toujours d’après le dictionnaire de musique des frères Escudier de 1872, le sténochire est qualifié d’ « Instrument destiné à exercer les doigts des élèves qui veulent apprendre le piano. Cet appareil, très léger et de jolie forme, se pose sur la devanture du piano et s’enlève à volonté. L’avant-bras glisse sur une règle en bois, les doigts passent dans des anneaux en caoutchouc suspendus au moyen de petits ressorts qui donnent à tous les doigts une résistance égale à vaincre pour frapper sur les touches du clavier. Une règle en bois empêche le bras de se relever, et une autre règle est supportée par deux montants à une hauteur déterminée par les dimensions du piano. »

Cette description fait de cette machine un véritable engin de torture. D’après les sources historiques de l’époque, on comprend que la première partie du XIX ème siècle a vraiment vu proliférer une flopée d’outils de tortures. La pratique pianistique ne s’est en rien améliorée avec ces machines infernales qui ont mutilé quantité d’artistes en devenir. Aujourd’hui, ces machines sont tombées en désuétude. Mais, elles ont connu un engouement affolant à l’époque. Tant et si bien que la production de certaines a été industrialisée.

IV – La fin des machines infernales

La plupart des sources écrites que nous avons à propos de ces machines infernales remontent à la fin du XIX ème siècle, période où on ne mesurait pas encore les effets délétères de ces instruments de torture sur le corps des pianistes.

Heureusement, ces outils sont tombées en désuétude. Mais attention ! On peut parfaitement se faire tout aussi mal à soi-même si l’on s’entraine de façon forcenée, rigide, sans écouter son corps.

Alors ! Entend bien ce que je vais dire: les exercices et l’entrainement sont absolument nécessaire pour progresser au piano mais, ils est impératifs que ces derniers respectent l’être humain que tu es, et prennent leur point de départ dans la physiologie naturelle du corps. Et non pas, contraindre le corps par un élément extérieur, telle une machine.

L’idée même de vouloir faire de la performance artistique que représente un récital une performance mécanique ou uniquement « sportive » est un leurre. Tu te feras plus de mal que de bien en pensant cela. Les maux modernes appelés tendinites, capsulites dont souffrent certains pianistes et musiciens peuvent être fatales.

En conclusion, retiens bien ceci mon cher virtuose en devenir, si ça fait mal… c’est pas normal…

C’est le signe qu’il STOPPER IMPÉRATIVEMENT !

C’est le signe qu’il faut s’y prendre autrement absolument !

Ne jamais, jamais, JAMAIS, JAAAMAAIS travailler son piano en forçant sur une douleur !

machines-infernales-piano

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Marilou Nézeys

Marilou Nézeys

Pianiste résidente des Hôtels George V(Four Seasons Paris), Ritz Paris, Hôtel Bristol, Marilou Nézeys se produit également dans les festivals français et européens en soliste ou en groupe. Titulaire entre autre du Diplôme d'Etat, elle enseigne plus de 15 ans en conservatoire le piano et la musique de chambre et partage maintenant le fruit de son expérience sur ce blog...

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Commentaire(s)

4 réflexions sur “Devenir un virtuose du piano à tout prix au XIX siècle”

  1. Ah ouais !
    Moi qui trouvait ma prof sévère quand elle me mettait une gomme sur le dos de la main et qui demandait de jouer sans qu’elle ne tombe… Et beh, je ne savait pas qu’il y avait eu de telles dérives ! 😶
    Ton article m’a fait presque penser à un musé, avec tous ses engins étranges et terribles ! (oui, j’ai visité des musées étrange 😅)

  2. j’ai commencé la pratique du piano il y a trois mois. J’ai toujours voulu apprendre la musique et j’ai enfin décidé de m’y mettre. A 50 ans il vaut mieux tard que jamais.
    Les grands virtuoses me font rêver c’est sur mais on se demande comment les gens pouvaient croire à tout ça…
    Bref, de la pratique, de la pratique et encore de la pratique, j’ai l’impression que c’est le plus efficace.
    Bon quand tu dis que quand ça fait mal c’est pas normal, je pense que tu as raison mais personnellement j’ai souvent mal au dos en jouant. J’ai du mal à penser à ma position du coup je suis avachie, j’espère que ça améliorera avec le temps.
    En tout cas merci pour cet article. C’est toujours intéressant d’en apprendre plus sur divers sujets.

  3. Super article! J’ai appris plein de choses et j’ignorais totalement cette partie de l’histoire du piano, que j’associais à un instrument de plaisir.

  4. Même si la lecture de certains passages donne la chair de poule 😀 je trouve cet article super intéressant !
    J’adore apprendre de nouvelles choses, et l’histoire du piano est vraiment nouvelle pour moi…
    Qui aurait cru qu’un instrument si beau pouvait avoir une histoire si sombre ?
    Walt Disney disait « Le rire n’est pas un ennemi de l’apprentissage. » Par contre la torture, oui !

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